Africana Plus

No 3 Juin 1994.3



Afrique

Synode africain, un résumé


La partie romaine du Synode est terminée. Il reste maintenant au pape Jean-Paul ll à parcourir les terres africaines pour en annoncer ses grandes lignes et aider les Pères synodaux à le mettre en pratique.

Avant de tenter un résumé de ce Synode, j'aimerais souligner trois bienfaits issus de cette grande rencontre d'Église. D'abord, la maturation: de Jeunes Églises, les Églises africaines sont devenues des Églises capables de se tenir debout devant leurs soeurs plus Anciennes du continent européen. Ensuite, l'identification: face au monde entier elles ont pu dire qui elles sont vraiment et quelles sont leurs attentes face à un avenir si souvent incertain. Enfin la reconnaissance mutuelle: entre pairs, les évêques ont reconnu les vrais pasteurs, les guides authentiques, à savoir ceux qui sont conséquents avec leurs discours pastoraux. Quelles sont donc les grandes lignes de ce Synode? Qu'en reste-t-il? Essayons d'en faire un survol rapide.

La célébration d'ouverture eût lieu le dimanche 10 avril. Elle fut présidée par le Saint-Père, entouré de 35 cardinaux, d'un patriarche, de 39 archevêques, de 146 évêques et de 90 prêtres. Cette universalité a été vécue dans une liturgie reflétant l'inculturation en cours sur le continent.

Les deux premières semaines ont donné aux participants l'occasion d'écouter les Églises d'Afrique au sujet du thème central, L'Église en Afrique et sa mission évangélisatrice vers l'an 2000: Vous serez mes témoins (Ac 1,8), articulé en cinq sous-thèmes: l'Annonce de la Bonne Nouvelle, l'Inculturation, le Dialogue, la Justice et la Paix, et les Moyens de communications sociales.

L'annonce de la Bonne Nouvelle
Un vibrant hommage fut fait aux missionnaires, hommes et femmes, qui se sont succédé des générations durant sur le continent africain pour y apporter l'Évangile. Ceux-ci ont voulu enseigner, par leurs paroles et leurs actes souvent héroïques, que l'Église est d'abord et avant tout une famille.

L'inculturation
Par ce thème, les Pères du Synode ont voulu encourager les multiples Églises africaines à devenir de plus en plus elles-mêmes, c'est-à-dire différentes.
Le champ de l'inculturation est vaste et le Synode demande aux communautés africaines de ne perdre de vue aucune de ses dimensions: théologique, liturgique, catéchétique, pastorale, juridique, politique, anthropologique et communicationnelle. C'est toute la vie chrétienne qui a besoin d'être inculturée.

Le dialogue
Le Synode lance un appel pressant en faveur du dialogue à l'intérieur de l'Église et entre les religions. Un tel dialogue, structuré autour de l'héritage religieux et culturel, est fortement recommandé dans les Églises locales avec les garants des valeurs culturelles et de la religion traditionnelle. Les Pères synodaux souhaitent que s'intensifient les collaborations oecuméniques avec leurs frères des anciennes Églises africaines d'Égypte et d'Éthiopie, ainsi qu'avec leurs frères anglicans et protestants. Ils assurent leurs frères musulmans, qui se réfèrent volontiers à la foi d'Abraham, qu'ils désirent développer avec eux, partout sur le continent, les collaborations de la paix et de la justice, qui seules peuvent rendre gloire à Dieu.

La justice et la paix
Le Synode réclame plus de justice entre le Nord et le Sud. Qu'on cesse de nous rendre ridicules, disent les évêques africains, ridicules et insignifiants sur l'échiquier du monde après avoir provoqué et entretenu une inégalité structurelle, en maintenant injustes les termes de l'échange! L'injustice des prix a pour conséquence l'accumulation de la dette extérieure qui humilie nos nations et leur donne une conscience malheureuse d'incapables et d'assistés. Nous rejetons au nom de nos peuples ce sentiment de culpabilité qu'on veut nous donner. Mais en même temps nous rappelons à tous nos frères africains qui ont détourné des fonds publics qu'ils sont tenus en justice de réparer le tort fait à nos peuples. (...)
Ceux qui veulent la paix doivent travailler pour la justice et promouvoir l'État de droit. En plusieurs endroits, le peuple s'est tourné vers l'Église pour qu'elle l'accompagne dans la mise en route du processus démocratique. Par conséquent, la démocratie doit devenir l'une des routes principales sur lesquelles l'Église chemine avec le peuple. L'éducation au bien commun ainsi qu'au respect du pluralisme sera l'une des tâches pastorales prioritaires en ce temps. Le Synode dénonce et condamne énergiquement les volontés de puissance et de domination suivant toutes sortes d'intérêts ainsi que la valorisation excessive de l'ethnie qui conduisent à ces guerres fratricides: elles valent à l'Afrique la honte d'être le continent où se trouve le plus grand nombre de réfugiés et de déplacés.

Les évêques invitent les personnes en autorité et les groupes d'Aide internationale à soutenir les populations qui souffrent de la guerre, les réfugiés et les déplacés. Le continent est à feu et à sang à bien des endroits. Les cris des populations du Rwanda, du Soudan, de l'Angola, du Libéria, de Sierra Leone, de la Somalie, et de la partie centrale de l'Afrique déchirent le coeur. Unis aux dizaines de millions de réfugiés et de déplacés,disent-ils, nous demandons aux Nations unies d'intervenir pour rétablir la paix.. À tous, le Synode exprime sa proximité par le coeur et la prière et les invite à placer leur espérance dans le Christ, lui qui a assumé et assume toutes leurs souffrances pour une terre nouvelle et des cieux nouveaux.

Dans un même souffle, les évêques font appel à leurs frères et soeurs chrétiens du Nord. Nous nous tournons vers nos frères chrétiens et vers tous les hommes de bonne volonté de l'hémisphère Nord. Nous leur demandons d'interpeller les responsables politiques et économiques de leurs pays et ceux des Organisations internationales. Il faut obtenir l'arrêt des ventes d'armes aux groupes adverses qui s'affrontent en Afrique. Il est urgent de trouver une solution juste au problème de la dette qui écrase la plupart des peuples du continent et rend vaine toute tentative de redressement économique. Nous demandons avec le Saint-Père et le Conseil pontifical Justice et Paix la remise, sinon totale du moins substantielle, de la dette; nous exigeons aussi, simultanément, l'avènement d'un ordre économique international plus juste, pour qu'enfin nos nations puissent se poser en partenaires dignes. Notre continent souffre aussi de l'utilisation de l'Afrique comme dépotoir des sociétés sur-industrialisées, de l'imposition à partir de l'extérieur, à nos sociétés, de mesures économiques ou sociales, de styles de vie contraires à la dignité de l'homme africain. Nous demandons à nos frères et soeurs des autre continents de travailler au respect de l'Afrique et des Africains, y compris de ceux émigrés dans les pays du Nord. C'est la condition pour que puisse se construire un avenir pour la famille planétaire que le Créateur nous invite à former tous ensemble. (...)

Cependant les Pères synodaux acceptent aussi de faire leur examen de conscience. Ils sont conscients que si l'Église veut témoigner de la justice, elle doit aussi s'efforcer d'être juste, aux yeux du monde. Elle doit critiquer son propre style de vie et examiner tout ce qui concerne sa propre prise en main financière. Elle demande à chacun de ses fidèles de faire sien cet examen de conscience. Notre dignité exige que nous mettions tout en oeuvre dès maintenant pour notre autosuffisance financière. Le premier pas dans cette direction est une gestion transparente et une vie simple qui ne jure pas avec la pauvreté, voire la misère des populations.
Soulignons enfin que les participants ont fait une mention très spéciale sur le rôle des femmes dans l'Église, sur la place qu'elles doivent y tenir et sur le respect et la dignité qu'on leur doit. Ils se disent convaincus qu'éduquer une femme, c'est éduquer un peuple.

Les moyens de communication sociale
Si cet univers des médias est le premier aréopage des temps modernes, il faut que des apôtres soient formés pour y témoigner et parler avec compétence du Verbe de vérité et de vie qui est le Communicateur par excellence. L'Église se doit de promouvoir la créativité à ce niveau: aussi longtemps qu'elle n'est que consommatrice dans ce domaine, elle courre le risque de changer de culture sans le vouloir, ni même le savoir.

C'est dans l'action de grâce pour le don de la foi reçue, et animés d'une grande joie, que les Pères synodaux se sont tournés vers l'an 2000 qui est à l'horizon. Nous sommes pleins d'espérance et décidés à partager la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus-Christ avec tout homme. (...)

Michel Fortin, M.Afr.


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