Africana Plus

No 25-b Juillet 1997.5.1



Le pape à Paris

Face à face


Hier, 24 août, à Paris, des jeunes de toutes races, peuples, langues et nations étaient réunis sur l'hippodrome de Longchamp à l'occasion des douzièmes Journées mondiales de la jeunesse. Cette marée humaine soulève un grand témoignage d'espérance. Invités par le pape à bâtir la civilisation de l'amour, les jeunes se sont laissés porter par la magie de ce moment de grâce. Un kaïros, en quelque sorte.

Face à face : un homme, une foule.
Face à face : un vieil homme plein de sagesse et un million de jeunes remplis d'attentes. Celui-là leur dit sa foi en un Dieu d'Amour et sa confiance dans la force dynamique de leur jeunesse. Ceux-ci se laissent instruire et confirmer dans l'espérance d'un futur pacifique. Étonnamment, la patience est de leur bord et la bravoure du sien.
Chers jeunes, partez sur les routes du monde, sur les routes de l'humanité, en demeurant unis dans l'Église du Christ! Témoignez de l'Évangile!

Face à face, coeur à coeur, réconciliation de génération.
Un vieil homme, un million de jeunes.

On aurait pu penser qu'une telle rencontre était inimaginable aujourd'hui. Elle va tellement à l'encontre de toute la logique d'un monde qui promeut l'efficacité, la rentabilité, la production, la consommation et le profit.

On aurait pu penser qu'elle était impensable dans un siècle où toute la vie se ramène bientôt à ce qui se pèse, se compte ou s'achète. Car toute l'ambiance publicitaire de chez nous et toute notre façon occidentale de vivre ne jurent que par le verbe "avoir". Ah! Si j'avais ceci, tous mes amis m'envieraient. Ah! Si j'avais cela, le bonheur commencerait aussi pour moi. Mais à vrai dire, ni la vie, ni la mort, quand elles parlent avec nous, ne nous demandent: Qu'as-tu?, mais toujours: Qui es-tu?. Ce sont les humains qui disent: J'ai. Dieu, lui, commence toujours par dire: Je suis. Et c'est du verbe "être" que le Pape voulait entretenir les jeunes.

On aurait pu penser que cette rencontre était irrecevable en un temps où tout ce qui est crédible est du domaine du voir et du paraître. On a raison de vouloir rester jeune bien sûr, dans la mesure où la jeunesse représente des qualités à cultiver : enthousiasme, générosité, sens de la justice et soif d'absolu. Mais on est en train de faire de la jeunesse ou, en tout cas, des mots jeune et jeunesse des idoles qu'on associe à n'importe quoi. Achetez jeune! Buvez jeune! Fumez jeune! On ne sait pas très bien ce que cela veut dire, mais tout le monde est hypnotisé et, au lieu de vivre son âge avec ses avantages et ses inconvénients, on court comme des petits fous après celui que l'on n'a plus.

Le pape dit aux jeunes d'aujourd'hui que ce ne sont pas les années qui comptent, mais ce qu'elles produisent. Il y a une chose maudite, dans l'âge qu'on a, une seule: ce sont les années pendant lesquelles on se replie sur soi. On a peur de mourir. On n'a pas peur de vivre. On a trop peur de mourir. On n'a pas assez peur de vivre. Au lieu de craindre la mort, on devrait craindre de rater sa vie. Une belle mort n'est pas une mort en vitesse. Une belle mort, c'est une mort qui vient après une belle vie. Et une belle vie, ce n'est pas forcément une longue vie : c'est une vie qui, dans le temps offert, donne tout ce qu'elle peut donner.

Comme exemple, le pape leur donne un guide jeune et simple : sainte Thérèse qui, morte à 24 ans, est devenue, dans son humble couvent, patronne des Missions et, bientôt, Docteur de l'Église. En effet, au cours de cette cérémonie de clôture, Jean-Paul ll a annoncé qu'il l'élèverait à ce rang le 19 octobre prochain, lors du Dimanche des missions. En leur proposant de suivre la "petite voie" de cette grande sainte, il les invite à être des missionnaires dans leur milieux respectifs. Certaines vies brèves ajoutent des trésors au Royaume de Dieu. C'est à cela qu'il faut viser, semble-t-il.

Face à face illogique ? Eh bien! oui. Rencontre illogique et contradictoire qui a déjoué toutes les prévisions. Il y avait là un vieil homme seul, gardien de la tradition chrétienne, porteur d'une morale contestée (près des deux tiers des jeunes Français ne font aucun cas de ses énoncés sur l'étique sociale : le problème du chômage par exemple, ou de ses discours sur la sexualité : la contraception ou l'avortement) et, face au pape, un million de jeunes, un peuple en marche, un monde cosmopolite en recherche de vérité et de spiritualité. Comme les insectes attirées par la lumière, les jeunes s'agglomèrent autour de ce vieil homme. Celui-ci n'est pas la lumière, mais plutôt le globe qui l'entoure. Les jeunes le savent bien. Et c'est pour cela que, malgré sa fragilité, ils répondent à l'appel, attirés par l'Esprit qui crie dans leur coeur.

Quelle personnalité que ce Jean-Paul ll!
Assis, il les maintient debout.
Faible, il leur donne la force de tenir le flambeau de la foi.
Désarmé, il détruit toute crainte.
Aphone, il provoque leur acclamation.
Croyant, il interpelle leur questionnement.
Pèlerin, il les invite sur les routes du monde.
Chers jeunes, votre chemin ne s'arrête pas ici! Le temps ne s'arrête pas aujourd'hui!

Enfin, ce vieil homme venu d'Occident s'adresse aux jeunes Africains réunis à Goma (République démocratique du Congo - ex-Zaïre) : Nous connaissons toutes les épreuves que vos peuples ont endurées. Avec tous vos amis qui sont ici rassemblés, nous vous invitons à être des artisans de réconciliation et de paix.
Une grande acclamation de solidarité se fait alors entendre dans l'assemblée. La barrière de la haine est renversée. En cet instant, la mort semble reculer. Le génocide n'aura pas le dernier mot. Un vieillard a parlé. Un peuple jeune a approuvé. Une solidarité s'est créée... Au delà de l'espace et du temps. Encore une fois, à Goma, le Christ est ressuscité.

Tel est le message que la pape leur propose. Telle est la personne à laquelle les jeunes sont invités à croire. Telle est la Bonne Nouvelle qu'ils veulent porter au monde.

Viva il papa!

Michel Fortin, M.Afr.


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