Africana Plus  

No 81 Juin 2008.4



Pères Blancs au Québec


Au début du 20ème siècle, à l'époque où beaucoup de congrégations prenaient leurs distances avec une France où  la nouvelle conception de la laïcité avançait à pas de géant, les Pères Blancs sont venus à leur tour fouler le sol du nouveau continent. Car dans le même temps, l'Amérique du Nord s'avérait un réservoir de nouvelles vocations pour les missions d'Afrique.

Aujourd'hui, notre entité englobe le Canada, les États Unis, le Mexique et le Brésil, et l'essentiel des vocations se situe, comme chez beaucoup d'autres instituts du nord aujourd'hui, entre le Mexique et le Brésil, avec tout de même deux pour le Canada à l'heure actuelle. Le Canada compte 215 Pères Blancs sur les 1637 frères et prêtres de la Société au niveau mondial en 2007. Ceux qui exercent leur mission en Afrique sont en Côte d'Ivoire, au Malawi, au Burkina ou en Zambie..., en tout dans 24 des 54 pays que comptent le continent africain.

En plein centre ville de Montréal, la communauté compte environ 30 prêtres, la plupart revenus de longues périodes dans les pays de missions. Forts de ces liens avec l'Afrique, les Pères Blancs disposent d'un ensemble de ressources quasi inépuisables sur tout ce qui concerne ce continent. De par notre situation au centre de la ville et au coeur de l'Université du Québec à Montréal, l'Uqam, les Pères Blancs ont le désir de faire bénéficier de leurs connaissances à tous ceux qui le souhaitent. Nul étudiant, nul chercheur à Montréal qui s'intéresse de près ou de loin à ces questions ne peut faire l'impasse sur le fond documentaire proposé par le père Michel Fortin.

Par ailleurs, forts du souvenir de la beauté naturelle mais aussi des difficultés en tous genres qui sont nombreuses dans les pays où ils ont servi, ces missionnaires sont très investis dans un groupe centré sur les problématiques de Justice, Paix et Intégrité de la création. « La dimension écologique est forte dans le pays, surtout chez les jeunes, explique le père Fortin. Nous cherchons donc à faire valoir notre point de vue sur ces questions aussi. Par ailleurs, nous sommes souvent témoins dans les pays de mission de graves manquements aux questions de justice sociale, de paix, d'équité, et parfois même victimes de notre engagement à défendre ces valeurs, témoigne ce père chassé par deux fois du Burundi pour ses prises de positions. Il est donc normal que, de retour au Canada, nous poursuivions notre engagement envers le monde africain. » 

Un Centre Afrika pour les africains et les québécois.

Le nombre d’Africains au Canada augmente par ailleurs de plus en plus. Leur désir de se rapprocher les uns des autres et de se faire connaître davantage de la population d’accueil est devenu un défi important à relever. Conscients de cette réalité, les Missionnaires d’Afrique ont ouvert à Montréal un Centre d’accueil offrant la possibilité aux membres de la communauté africaine de se rencontrer et de s’intégrer dans le milieu. Les Pères Blancs canadiens ont en effet fondé il y a une vingtaine d'année le Centre Afrika, qui se propose donc de soutenir l'intégration dans la région des migrants africains et des associations qui les assistent à Montréal. « Notre intérêt pour l'Afrique n'est pas mis entre parenthèse parce que nous ne sommes plus en Afrique, ou parce que l'Amérique du Nord en est plus éloignée que l'Europe, » témoigne le Père Gilles Barrette, 62 ans, supérieur de la Communauté de Montréal après avoir passé quelques années à Marseille où il s'est occupé, dans la communauté locale des Pères Blancs, du rapport entre les mondes musulmans et chrétiens.

Du fait de la politique d'immigration francophone lancée par les autorités du Québec pour faire face à un taux de natalité nettement insuffisant, un certain nombre d'africains, noirs ou blancs, chrétiens ou musulmans, sont venus, et continuent d'arriver pour s'installer ici. En 2007, 60% des immigrés francophones arrivaient de France, du Maroc et d'Algérie. « La question pour nous n'est pas de savoir pourquoi ils sont venus. Ce que nous recherchons, c'est de pouvoir les aider à s'installer et aider les québécois à bien les accueillir et à bien les intégrer. » Pour cela, les activités du Centre Afrika se diversifient, mêlant autant l'accueil au centre même, que les présentations et animations assurées par un animateur dans les écoles, dans les facultés.

L'arrivée d'un vague d'immigrants musulmans confronte la communauté à une problématique assez nouvelle, puisque, auparavant,  les pères ont été généralement envoyés dans les pays d'Afrique Centrale ou de l'Est, à forte majorité chrétienne. Face à cette nouvelle donne, les Pères Blancs de Montréal se sont adaptés, notamment par la nomination au sein de leur équipe d'un prêtre en charge des relations avec l'islam.

« Le Centre Afrika est aussi un lieu ouvert sur le dialogue interreligieux, continue le père Gilles. En France, un nouveau souffle est parti d'un document de la Conférence Épiscopale intitulé "Au coeur de la foi", invitant à donner la priorité à l'essentiel plutôt qu'aux formes de la foi. Ici, interreligieux et oecuménisme ne sont pas dissociés. J'interviens au Centre Oecuménique Canadien en cherchant à rappeler que le message du Christ vaut pour tout homme, quelle que soit bien sûr sa race, mais aussi sa religion. »

L'information grâce aux Pères Blancs

Sous la responsabilité du Père Michel Fortin, 64 ans, directeur du bureau des Médias et des Communications pour la communauté, les Pères Blancs de Montréal offrent une multitude de sources d'informations aux étudiants, aux chercheurs, à quiconque est concerné d'une manière ou d'une autre par les questions liées à l'Afrique. Africana, tout d'abord, est un recueil bi-hebdomadaire d'informations francophones sur ce thème. Africana Plus, ensuite, approfondit chaque mois une piste de réflexion sur un sujet d'actualité.

L'objectif, précise le Père Fortin, « est d'apporter, en plus des nouvelles africaines, un regard sur l'aspect positif de ce qui existe et se vit en Afrique. Plus, bien sûr, ce que l'Afrique peut nous apporter ici... »

Un site internet, en outre, très riche et documenté, retrace l'ensemble de l'univers des Pères Blancs, de leurs missions.

« J'ai également commencé à numériser l'ensemble des documents de la bibliothèque, poursuit-il, afin de donner accès facilement à qui le désire, mais aussi de simplifier les recherches par l'entrée de mots clés... » Mais bien sûr, d'ici à ce que toute la bibliothèque soit entrée en mémoire, et même après pour les étudiants et professeurs de l'UQAM qui entourent la maison des Pères Blancs, sur simple demande la bibliothèque physique reste ouverte, tout comme l'oreille attentionnée du maître des lieux !

Société des Pères Blancs

1640 Saint Hubert

Montréal, H2L 3Z3

Québec

 

Thibault Mayaud

Revue Peuple du Monde


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