Africana Plus

No 58 Janvier 2004.1



Voeux de Noël et de Nouvel An
Une Afrique à aimer


 

Un missionnaire d’Afrique au Burkina Faso nous écrit de son pays d’adoption à l’occasion du temps des fêtes. Il nous parle à cœur ouvert de sa passion pour l’Afrique, une passion qui lui fait donner sa vie pour ce continent et ses habitants. Il désire faire sa part dans l’évangélisation du peuple africain, afin que celui-ci devienne de plus en plus « Peuple de Dieu » aux couleurs de l’arc-en-ciel.                                                                            M.F.

 

 

Chers parents et amis,

 

Cette année, en vous écrivant ma lettre de Noël, je veux faire miennes les paroles de l’un de mes confrères. Je sais : il manque de prêtres au Canada et plusieurs personnes m’ont d’ailleurs invité à y rester durant mon dernier congé. Pourtant, je suis revenu en Afrique, encore une fois… Je remercie mes parents qui, eux, m’ont laissé repartir, parce qu’ils ont compris qu’une Église qui cesse d’être missionnaire est une Église qui se meurt.

 

Quand j’ai été ordonné prêtre en 1972, de tristes voix s’élevaient, murmurant de plus en plus fort que notre temps missionnaire était bien révolu et qu’il fallait faire œuvre de sagesse et même d’audace en nous retirant définitivement d’Afrique. Cette époque dépressive, même chez les missionnaires, a passé, mais elle resurgit malheureusement de temps en temps. Encore aujourd’hui, nous pouvons entendre de tels propos. Le temps missionnaire est-il donc encore une fois révolu ? Sommes-nous à nouveau devenus inutiles ?

 

Non. Sinon nos maisons de formation et l’accompagnement des jeunes que je fais ne serviraient qu’à former des chômeurs garantis. Je crois en l’avenir de notre petite Société au service de l’Église en Afrique… Ils y croient aussi tous ces jeunes qui se sont joints à nous dans cette tâche qui ne vient pas de nous, mais de bien plus haut que nous…

 

La formule de notre serment missionnaire dit ceci : « Je fais serment de me consacrer désormais et jusqu’à la mort à la mission de l’Église en Afrique. » Quelques années avant sa mort, en 1884, en dédicaçant ses «œuvres choisies», le Cardinal Lavigerie écrivait : «J’ai tout aimé dans notre Afrique : son passé, son avenir, son ciel pur, son soleil, les grandes lignes de ses déserts. »

 

Cette phrase est bien connue de tous les Missionnaires d’Afrique, mais peu connaissent le reste de sa dédicace. La voici : « Cet amour m’a soutenu, au milieu des difficultés et des travaux qui ont usé ma vie avant l’heure. » Et il continuait à l’adresse de ses fils et filles : « Aimez les Africains comme une mère aime ses fils. Aimez l’Afrique ! Aimez l’Afrique pour ses plaies sanglantes, pour ses cris de douleur. Aimez l’Afrique avec ses souvenirs, ses légendes, ses traditions de respect et de foi… Puisse ma voix continuer à se faire entendre de vous ! Elle se taira bientôt dans ce monde, mais au fond de la tombe elle vous tiendra les mêmes discours. »

 

Aujourd’hui encore le Cardinal nous le répète du fond de la tombe ou du haut du ciel : « Aimez l’Afrique ! Aimez les Africains ! » L’amour n’est-il pas le plus beau des charismes… et c’est ici en Afrique que le Seigneur nous appelle à dire cet amour qui nous habite.

 

L’Afrique est notre charisme, une Afrique à aimer, comme nous le demande le Cardinal. Et le plus beau dans cet amour de l’Afrique, c’est l’annonce du Royaume. Annoncer le Royaume, révéler et faire jaillir le Royaume qui est déjà là, en germe depuis le jour de la Résurrection, dans le cœur de tous les Africains, voici la tâche que le Seigneur a confiée à notre petite Société. Faire découvrir l’immensité de l’Amour de Dieu pour tous les Africains! Voici l’œuvre d’une vie !

Oh ! Je sais que l’amour de l’Afrique n’est pas l’apanage des Missionnaires. Heureusement ! Je sais que le Royaume de Dieu n’est pas la chasse gardée des Missionnaires. Heureusement ! Mais, en tant que Missionnaires d’Afrique, nous aimons l’Afrique d’une façon particulière, nous cherchons à bâtir le Royaume de Dieu d’une façon particulière. Africains, Européens, Asiatiques, Américains, ensemble, en communautés interculturelles, nous avons cette particularité d’aimer l’Afrique, en tant qu’étrangers. Oui, nous sommes ou serons tous des missionnaires « ad gentes », déracinés de notre terre natale pour être enracinés en une terre qui devient notre « chez nous », là où nous nous faisons « tout à tous » et où nous sommes accueillis comme des frères et non comme des maîtres.

 

Le Royaume de Dieu, il n’est pas ici ou là. Le Royaume de Dieu, c’est ce peuple nouveau voulu par Jésus, un peuple nouveau qui réunisse des hommes de toutes langues, races, peuples et nations dans une même communion d’amour.

 

Et c’est là que le missionnaire a un rôle essentiel à jouer. Oui, l’Église famille du Burkina – comme l’Église du Canada, de France ou d’ailleurs – aura toujours besoin de missionnaires étrangers, qu’ils soient africains ou européens, asiatiques ou américains, qu’importe, mais étrangers, pour signifier par leur présence même qu’une Église famille n’est jamais composée que de ses autochtones… ou bien elle ne peut être le peuple nouveau voulu par Jésus-Christ.

 

Le missionnaire est cet étranger qui dit, humblement, par sa seule présence, que le peuple de Dieu est un peuple sans frontières et que l’Évangile n’est la propriété d’aucune culture. Nous le disons avec la deuxième prière eucharistique : « Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps », un seul corps, une seule communauté d’amour dans le Christ, un seul corps, une seule Église universelle, l’Église du Christ.

 

Je suis persuadé que la mission n’est pas terminée et que les missionnaires, de toutes races, cultures, nations, ont encore quelque chose d’original, quelque chose d’unique, quelque chose de vital, à apporter à l’Église d’Afrique, pour l’avancée du Royaume. Par sa vie et sa présence, le missionnaire proclame que ce peuple nouveau voulu par Dieu ne peut être que de couleur arc-en-ciel ou qu’il ne sera pas.

 

A nous de dire notre amour de l’Afrique en vivant pleinement ce que nous sommes, des missionnaires, fiers de l’être, têtus dans leur amour pour un continent dont seules les richesses intéressent le reste du monde.

J’espère que vous direz tous avec moi qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent cette bonne nouvelle… Oui, ils sont beaux les pieds des Missionnaires d’Afrique qui crient à temps et contretemps leur amour pour l’Afrique, leur foi en l’Afrique, leur espérance dans l’Afrique à laquelle ils ont donné leur vie.

 

C’est sur ces paroles que je vous souhaite :

 

 

JOYEUX NOËL

et

BONNE, HEUREUSE ET SAINTE ANNÉE 2004.

 

 

Jacques Poirier


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