Africana Plus

No 64 Janvier 2005.2



 

L'Année Internationale 2005


Le Microcrédit


 

“L’Année Internationale du Microcrédit 2005 souligne l’importance de la microfinance comme partie intégrante de notre effort collectif visant à atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire. L’accès durable au microfinancement contribue à atténuer la pauvreté en générant des revenus, en créant des emplois, en donnant la possibilité aux enfants d’aller à l’école, en permettant aux familles d’obtenir des soins médicaux et en donnant les moyens aux populations de faire les choix qui répondent le mieux à leurs besoins. Le grand défi qui se dresse devant nous est d’aborder les contraintes qui font obstacle à la pleine participation des populations au secteur financier. Ensemble, nous pouvons et devons construire des secteurs financiers intégrants qui aident les populations à améliorer leurs conditions d’existence”. (Secrétaire Général Kofi Annan, 29 décembre 2003)

 

En 1997, près de 3000 délégués venant de 137 pays se sont rencontrés au sommet du microcrédit à Washington. Ils ont lancé cette campagne pour que les familles les plus pauvres au monde, notamment les femmes de ces familles, reçoivent du crédit et d'autres services financiers et commerciaux qui leur permettront d'exercer une activité indépendante. Le nombre de personnes parmi les plus pauvres, dont 81% sont des femmes, qui ont reçu de petits prêts leur ayant permis de démarrer ou d’agrandir une petite entreprise est passé de 7,6 millions en 1997 à 54 millions en 2003. L'objectif est de toucher 100 millions de familles avant la fin de l'année 2005. La raison du lancement de cette campagne est qu’un cinquième de la population mondiale vit actuellement dans une misère écrasante avec moins de 1$US par jour. Les programmes de microcrédit offrent à ces personnes l’espoir et la chance de pouvoir s’en sortir.

 

En 1998, l’Assemblée Générale des Nations Unies a proclamé 2005 Année Internationale du Microcrédit, afin de saluer la contribution du microcrédit à l’allègement de la pauvreté. En décembre 2003, les États membres ont approuvé le projet de programme d’action du Secrétaire Général et ont invité le Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU), ainsi que le Département des Affaires Économiques et Sociales des Nations Unies (DESA), à servir de coordinateurs conjoints de cet évènement. La résolution [A/58/488] a étendu le mandat de l'année en "soulignant que les populations vivant dans la pauvreté, tant dans les zones rurales qu’urbaines, ont besoin du microcrédit et du microfinancement pour leur apporter une plus grande capacité à augmenter leur revenu, à se construire un patrimoine et à limiter leur vulnérabilité à la misère.”

 

Pour la plupart d'entre nous, les mots finance, crédit, épargne, investissement, évoquent de grandes masses monétaires, le million, sinon le milliard, pour unité de compte, la figure inaccessible du banquier. L'idée de "miniaturiser" une transaction financière semble être, pour le sens commun, une contradiction dans les termes. Or, depuis peu, ce ne l'est plus. Finance et pauvreté ne sont plus antinomiques. Sur tous les continents, des dizaines de millions de familles, qui vivaient jusque-là en marge de la société, ont maintenant accès au crédit, peuvent pratiquer l'épargne, investissent — à une échelle proprement microscopique. Pour elles a été créé le terme de microfinance.

 

Un peu partout dans le monde, des établissements financiers locaux ont élaboré des mécanismes novateurs visant à faire accéder au crédit et à l'épargne ceux qui sont traditionnellement ignorés des services bancaires classiques. Ces institutions de micro-financement (MFI) ont permis de créer des formules originales de prestations financières à l'intention des plus pauvres et d'atteindre des secteurs de la population tenus jusqu'ici à l'écart de ces mécanismes. En outre, elles ont apporté la preuve que, contrairement aux idées reçues, les pauvres sont des emprunteurs fiables et qu'ils ont aussi un sens très fort de l'épargne.

 

Les prêts fournis sont généralement à très court terme: douze mois en moyenne. Mais la perspective d'un renouvellement de prêt d'un montant plus important constitue une très forte incitation au remboursement. Quoique les taux d'intérêt soient relativement élevés, le taux de remboursement est remarquable et la demande s'accroît constamment, ce qui prouve que pour les pauvres la possibilité d'un accès permanent au crédit est une considération plus importante que l’emprunt. Au départ, les MFI privilégiaient surtout le crédit, et l'on avait tendance à négliger l'épargne, qui est tout aussi vitale, sinon plus, pour les foyers ruraux les plus démunis. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, où l'accent est mis sur l'épargne volontaire, ce qui permet de financer un plus grand nombre de prêts.

 

 

Diviser par deux le nombre de gens vivant dans l’extrême pauvreté

 

De nombreux efforts visant à proposer des services financiers aux populations les plus démunies permettront d'atteindre l'objectif de diviser par deux le nombre de gens vivant dans un état de pauvreté extrême d'ici 2015. On parle ici des personnes dont les revenus sont inférieurs à un dollar par jour, ainsi que celles qui souffrent de la faim. Le Secrétaire général cite, en effet, les estimations de la Banque mondiale qui indiquent que, dans les pays en développement, la proportion de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour a été ramenée de 29,6% à 23,2% entre 1990 et 1999, soit environ 123 millions de personnes sorties de la misère, alors même qu’au cours de cette même période, la population de ces pays a augmenté de 15%, passant à 5 milliards.

 

Les études sur l'impact de la microfinance ont démontré que:

- La microfinance permet aux foyers pauvres de mieux pourvoir à leurs besoins vitaux et de les protéger contre les accidents de la vie;

- L’utilisation de services financiers par les foyers à faible revenu permet d’améliorer la viabilité de l’économie domestique, ainsi que la stabilité et la croissance des entreprises;

- En favorisant la participation économique des femmes, la microfinance leur donne du pouvoir, favorisant de ce fait l’égalité des sexes, et améliorant la viabilité des foyers;

- Cet impact est d'autant plus fort que la durée de l'accès à ces services financiers pour les clients s’allonge.

Il faut parler ici du caractère innovateur du microcrédit. Il ne s’agit pas d’une forme de banque junior mais d’une révolution dans le monde bancaire. Pour réussir, il a fallu revoir beaucoup de règles. Quand les banques prêtaient aux riches, les pionniers de la microbanque prêtaient aux pauvres. Quand les banques prêtaient aux hommes, ils prêtaient aux femmes. Quand les banques concédaient d’importants crédits, ils en accordaient de petits. Quand les banques exigeaient d’avoir des garanties, ils n’en demandaient aucune. Quand les banques faisaient remplir des tonnes de papier, ils ne faisaient pas remplir de formulaire à leurs clients. Quand les clients allaient à la banque, les microprêteurs allaient aux clients.

 

"Soyons clairs : le microfinancement n'est pas une forme de charité. C'est une façon de permettre aux ménages à revenu faible de disposer des mêmes droits et des mêmes services que tous les autres. C'est une façon de reconnaître que les pauvres ne sont pas le problème, mais la solution. C'est une façon de tirer le meilleur parti de leurs idées, de leur énergie, de leur façon de voir les choses. C'est une façon de soutenir des entreprises productives, et donc d'aider les collectivités à prospérer. " (Kofi Annan)

 

Les microprêts sont utilisés dans de nombreux champs d’activité commerciale incluant des entreprises peu techniques comme l’émondage du riz, la couture, la tenue de petit commerce.

 

 

Une femme africaine ayant un projet commercial et le microcrédit

 

Comme tous les propriétaires de commerce, Thérèse Nougbognonhoun a voulu s'agrandir mais elle manquait des capitaux nécessaires pour accroître ses stocks et attirer de nouveaux clients dans sa boutique du marché central de Nikki, une ville au nord du Bénin. Bien que des créanciers voraces lui aient offert des prêts à des taux outrageux, celle-ci savait que si elle empruntait auprès d'eux, tous ses bénéfices disparaîtraient dans les remboursements. Lorsqu'une petite institution de microfinance à but non lucratif, appelée la FECECAM, est venue en ville, offrant des prêts à un taux avantageux, Thérèse a vu là une chance d'agrandir son commerce.

 

Thérèse n'est pas partie de très haut mais cela a suffit à la lancer. Avec un prêt équivalant à seulement 30 dollars environ, elle a été en mesure de remplir les stocks de sa boutique, qui vend des légumes, des denrées alimentaires et des produits de toilette à ses fidèles clients. De la vente de ses stocks agrandis, elle a pu subvenir à ses besoins tout en remboursant le prêt en moins de six mois. Elle a ensuite fait un prêt un tout petit peu plus élevé, l'a remboursé rapidement et en est maintenant à son troisième prêt. Elle est donc fière de la façon dont son commerce s'agrandit régulièrement. Certes Thérèse n'a pas de diplôme MBA, mais elle a un projet commercial. Elle connaît ses clients et ce qui se vend. Et aujourd'hui, grâce la disponibilité d'un crédit avantageux, elle est en train d'atteindre son but. "Je rembourse chaque prêt avant la date limite," dit-elle fièrement. "Chaque prêt me permet de multiplier mon capital, ce qui fait que je peux maintenant vendre toute une gamme de produits dans mon échoppe."

 

Le Fonds d'équipement des Nations Unies (FENU) estime que prêter de petites sommes d'argent aux personnes pauvres pour les aider à créer ou à agrandir leurs petits commerces est un moyen efficace de lutter contre la pauvreté. Le Fonds soutient les institutions de microfinance (IMF) afin qu'elles puissent étendre leurs services à des entrepreneurs qui ne sont pas normalement éligibles pour des prêts. Dans la plupart des cas, les propriétaires de petits commerces ne peuvent pas emprunter auprès des banques commerciales parce qu'ils manquent de garanties. Sans accès aux IMF, les créanciers voraces et sans scrupules, qui prêtent sans conditions, sont souvent la seule solution. Le FENU travaille avec les IMF sur tout une série de services afin que les petits entrepreneurs comme Thérèse puissent se constituer un capital, atténuer les risques encourus et réduire leur vulnérabilité économique. Le soutien financier du FENU aux institutions de microfinance garantit leur longévité bien au delà du cadre de l'assistance des Nations Unies.

 

Le Bénin fait partie des pays les plus pauvres du monde. La Troisième Conférence sur les pays les moins avancés aborde la question de l'isolement économique et de l'extrême pauvreté de plus de 650 millions de personnes qui vivent avec moins d'un dollar par jour. Thérèse a ressenti immédiatement les avantages de pouvoir avoir une chance. "Sur le marché, il y a beaucoup d'opportunités à saisir, mais si vous n'avez pas l'argent, vous ne pouvez pas en profiter. Quand vous êtes pauvre, même si vous avez de bonnes idées, vous n'avez aucune ressources et ne pouvez pas ouvrir un petit commerce." Elle est donc prête à travailler dur et à assumer la responsabilité du remboursement des prêts. "La possibilité de prendre un crédit permet de se sortir de ses problèmes," dit-elle. "Mais vous devez aussi vous rappeler de l'importance de prendre au sérieux les remboursements, sinon vous pouvez tout perdre et en faire tomber d'autres avec vous."

 

 

Microcrédit : la clé pour atteindre les objectifs du millénaire

 

La plupart des nations du monde, dont le Canada fait partie, ont approuvé et paraphé les Objectifs de développement du millénaire (ODM) en septembre 2000. Ces objectifs sont devenus les lignes directrices des programmes de développement international partout dans le monde.

Cependant, le support du Canada pour le microcrédit est en déclin. L’Agence canadienne pour le développement international (ACDI) a dépensé environ 70 millions $ dans la microfinance il y a quatre ans, mais ce chiffre a baissé pour atteindre 35 millions en 2003. L’ACDI estime qu’une autre baisse a eu lieu en 2004, faisant dégringoler ce chiffre à 25 millions. Il s’agit d’un sérieux déclin et la tendance doit maintenant s’inverser.

 

Lors de sa conférence de presse à Ottawa le 10 décembre dernier, la ministre de l’ACDI, Aileen Carroll, a annoncé que la conférence de clôture de la campagne de 9 ans du sommet du microcrédit se tiendra au Canada, à Halifax, en novembre 2006. Il s’agit d’un événement majeur : plus de 2000 délégués de plus de 100 pays sont attendus pour le plus grand congrès international jamais tenu au Canada atlantique. Avec l’année 2005 proclamée par l’ONU comme « l’année internationale du microcrédit. », ces deux événements représentent une grande opportunité pour demander à l’ACDI d’accorder plus d’importance au microcrédit et d’améliorer à la fois la quantité et la qualité de ses programmes de microcrédit.

 

 

Michel Fortin, M.Afr.


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