Africana Plus

No 52 Novembre 2002.5



Journée mondiale de la Jeunesse 2002
Nouvelles générations de bâtisseurs


 

Lorsque Jean-Paul II lança les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) en 1985, il voulait que celles-ci soient des temps forts au cours desquelles les jeunes du monde pourraient rencontrer le Christ, éternellement jeune, et apprendre de Lui à devenir des évangélisateurs.

Car pour le pape, les jeunes sont des bâtisseurs d'espérance; ils sont une nouvelle génération de témoins mus par l'urgence d'un amour authentique. Il leur appartient de déposer leur pierre, une par une, afin d'édifier la cité des hommes et la cité de Dieu. Ces deux cités devraient être fondées sur la justice et la paix, en privilégiant les gestes de fraternité et de solidarité. À Toronto, un chant a résonné à cet effet :

"Lumière du monde! Sel de la terre!

Soyez pour le monde visage de l'amour!

Soyez pour la terre le reflet de sa lumière!"

C'est là un chant éminemment missionnaire, il faut bien en convenir.

En tant que missionnaire, les Pères Blancs (Missionnaires d'Afrique) ont bien l'intention de ne pas rater le "train" des JMJ de Toronto. Et la meilleure façon de ne pas le manquer est de construire son propre wagon. C'est ce qu'a pensé faire le père Jacques Cusset en formant son propre groupe, une vingtaine de jeunes âgés de 15 à 31 ans. La majorité d'entre eux sont d'origine africaine ou haïtienne, des néo-canadiens de fraîche date. Ils décident de s'appeler les "lucioles sacrées" en référence au chant thème des JMJ.

Ces JMJ sont préparées de longue date (de mars à juillet), chaque étape comprenant des risques d'abandon. "Nous avons su prendre le temps de nous préparer, dit l'un d'entre eux; cela a été dur parfois, mais ça m'a aidé à grandir humainement et spirituellement". "Porter la croix, dit un autre, nous a mis en solidarité avec les milliers d'autres jeunes qui l'ont accueillie avant nous et nous l'ont transmise".

L'important demeure le témoignage de durée et de fidélité qu'ils veulent donner. En cela même, ils sont déjà missionnaires.

Puis c'est la joie du départ. Tout départ missionnaire a quelque chose d'héroïque en soi. "Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles". (Rm 10,15) Et s'ensuit l'expérience inoubliable de Toronto pour des dizaines de milliers de jeunes.

Le groupe des "lucioles sacrées" y vit une solidarité extraordinaire. Chaque jour, il leur faut faire face à une montagne d'imprévus de toutes sortes, ne serait-ce que tous ces services de nourritures qui sont éreintants. Pourtant, à chaque jour, les membres du groupe se redonnent du moral pour repartir. Les temps de prières sont le bois qui alimente le feu de la fraternité. "Au fond, dit l'un d'eux, nous appartenons au Christ par l'expérience partagée…" "Une expérience d'Église", complète l'autre. "Cela laissera des traces profondes si nous prenons le temps de creuser notre foi."

Le point culminant est certes la messe papale sous un bel éclat de soleil. Après la veillée pluvieuse, Jean-Paul II compare cet éclat radieux à une expérience baptismale complétant ainsi l'expérience eucharistique. Les jeunes ne sont pas insensibles à ce signe. Pour des dizaines de milliers d'entre eux, ce symbole rappelle la quête d'un chemin de lumière dans le monde délavé duquel ils sont issus.

Pour parler en termes missionnaires, ces jeunes apprécient que ce chemin de lumière s'invente dans toutes les cultures, dans toutes les couleurs, tout en intégrant les rythmes les plus variés. L'ouverture à la Mission ne commence-t-elle pas par cette "expérience fondamentale" de la fraternité sur laquelle, ensuite, on peut bâtir une nouvelle civilisation ? "L'attente que l'humanité nourrit au milieu de tant d'injustices et de souffrances est celle d'une nouvelle civilisation à l'enseigne de la liberté et de la paix", dit Jean-Paul II. D'où l'appel qu'il lance aux jeunes pèlerins : "Acceptez, chers jeunes, que je vous confie mon espérance : vous devez être ces bâtisseurs. Vous êtes les hommes et les femmes de demain; dans vos cœurs et dans vos mains est contenu l'avenir. À vous Dieu confie la tâche, difficile mais exaltante, de collaborer avec Lui pour édifier la civilisation de l'amour." Voilà toute une mission. Le jeune chrétien ne peut pas ne pas sentir vibrer en lui la fierté et la responsabilité d'être témoin de la lumière de l'Évangile.

En pensant à ces journées, les membres des lucioles sacrées ont ces commentaires : "Les journées mondiales de la jeunesse ont changé ma vie… Je ne suis plus comme avant. Je fais maintenant partie de la "gang" de chrétiens malgré mes petitesses… Quand j'ai des "flash back", je retrouve un vrai bonheur et je le fais partager à mon entourage".

Pour l'après JMJ, certains disent : "Nous avons à rendre compte de tout cela à nos communautés… Et pour cela, nous aurons besoin de rencontres régulières pour creuser notre foi… Nous avons à rendre compte que l'homme est fait pour être heureux et que le Christ est la réponse à cette quête de bonheur". "Rendre compte", n'est-ce pas à cela que sont appelés les missionnaires ? Rendre compte de l'Évangile qu'il nous a été donné de connaître. Rendre compte de l'espérance qui nous habite. Oui, jeunes et moins jeunes, nous sommes appelés à témoigner de Celui qui nous fait vivre.

Les jeunes d'aujourd'hui sont-ils donc appelés à la Mission ? Bien sûr! Pourquoi pas ?

Michel Gingras, un autre Père Blanc ayant participé aux JMJ, affirme ceci :

"Notre idéal de vie missionnaire tel que nous l'avons vécu n'interpelle cependant plus les jeunes d'aujourd'hui. Est-ce à dire que Dieu n'appelle plus ? Pas du tout. C'est à nous de nous ajuster aux jeunes et non à eux de s'ajuster à un mode de vie qu'ils sont pour le moment incapables de comprendre. On ne vend pas des machines à écrire à des jeunes qui sont nés avec un ordinateur dans leur chambre…

Notre modèle du Père Blanc, c'est celui qui a fait des études théologiques et qui est prêt à aller administrer les sacrements. Ce modèle n'attire plus les jeunes d'aujourd'hui. Ceux qui frappent à nos portes, et qui ont visité notre site internet, se sentent interpellés par l'Afrique : ils se tournent vers nous pour leur en donner le goût. Mais ils ne veulent pas faire le parcours du combattant que nous avons fait. Il faut alors ouvrir des pistes nouvelles.

Il nous incombe de retourner à la méthode de Jésus : "Venez et voyez". Trouvons une phrase d'apprivoisement… comme celle du petit renard de St-Exupéry! Venez et voyez, ici et en Afrique. Il y a là un cheminement nécessaire si l'on veut qu'un engagement prolongé vienne par la suite. Pourquoi nous acharner à verser le vin nouveau dans de vieilles outres ?

Les jeunes sont ouverts à Dieu et à un service de leurs frères et sœurs en Afrique. Ils sont en recherche de communautés d'accueil qui accepteront de les laisser cheminer et mûrir. C'est vrai qu'ils sont à peu près ignorants de ce qu'est la vie religieuse, mais ils sont attirés par l'Afrique. Pourquoi Dieu ne les appellerait-il pas à travers cet attrait, à travers ce désir ?

La plupart du temps, ils ne savent pas vers qui se tourner. Ils se sentent démunis pour interpréter les voix qui résonnent en eux. Ils sont ces petits Samuel (1 Samuel 3, 1-21) qui cherchent dans la nuit la voix qui les interpelle; malheureusement, il n'y a pas toujours de "vrais" prophètes pour les guider. Les jeunes auront besoin d'accompagnateurs qui sauront décrypter les messages qui leur viennent d'un ailleurs et qui les appellent à faire des choix pour la vie."

Ces futurs accompagnateurs devront être ouverts et charismatiques, comme ce petit vieillard tout recourbé et de blanc vêtu qui, malgré sa maladie, est un véritable prophète : dynamique, courageux, ayant un sens de l'humour et une présence d'esprit unique. Son langage exigeant est teinté d'affection et de sourires malicieux qui le font complice des jeunes. Ils y voient l'Évangile vécu jusqu'au bout. Cela vaut toute les catéchèses du monde. Les ovations multiples des jeunes le confirment clairement : "Viva il Papa!"

Michel Fortin, M.Afr.


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