Africana Plus  

No 73 Janvier 2007.1



Respect de la création et protection de l'environnement

Année Polaire Internationale et
Annnée Internationale de la Planète Terre


De plus en plus conscients que les questions environnementales tiennent une place importante dans la survie de l’humanité et sensibilisés à l'enjeu des changements climatiques, les Canadiens veulent que leurs leaders fassent une place importante aux mesures de respect de la création et de protection de l'environnement. Ils en tiendront compte dans leurs bulletins de vote.

On n’a qu’à penser à l’arrivée de Stéphane Dion à la tête du Parti libéral du Canada en décembre dernier. S'il est trop tôt pour prédire ce qu'il sera, on peut néanmoins penser qu'il réussira à imposer sa ligne d'action sur au moins une question, l'environnement. Dans la course au leadership libéral, c'est sur ce terrain que le candidat Dion a réussi à s'affirmer. Il a multiplié les propositions sur une foule de sujets, mais c'est toutefois sa plate-forme environnementale qui a le mieux servi ses ambitions. Ce fut l'une des clés de sa victoire. Son passage au ministère de l'Environnement lui donnait l'autorité nécessaire pour s'approprier ce thème et mettre en avant un nouveau paradigme politique suivant lequel les mesures de protection de l'environnement assureront le développement économique et social du Canada.

L'avantage qu'aura le Parti libéral de Stéphane Dion sur les autres partis dans la course pour occuper cet espace est d'avoir déjà sous la main un programme complet intitulé « Bâtir un avenir durable ». Articulé autour de la réduction des gaz à effet de serre, ce programme inverse la proposition des opposants à la mise en oeuvre de l'accord de Kyoto. Loin d'être un facteur de ralentissement économique, ce programme aurait un effet stimulant grâce notamment à une fiscalité verte incitative. Ses adversaires lui rappelleront cependant que le gouvernement libéral dont il faisait partie a aussi une large part de responsabilité dans l'incapacité actuelle du Canada à atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre fixés par l'accord de Kyoto.

La préoccupation des Canadiens pour l’environnement va bien dans le sens des priorités mondiales. L’ONU a déjà pris le pouls de la communauté internationale en proclamant les années 2007-2008 Année Polaire Internationale et Année Internationale de la Planète Terre.

 

L'Année Polaire Internationale 2007-2008

125 ans après la première Année Polaire Internationale (API), la communauté scientifique internationale s’apprête à organiser la 4ème Année Polaire Internationale en 2007-2008. Celle-ci offre l'opportunité pour le public de débattre et de s'informer sur des questions comme l'évolution du climat, l'ozone atmosphérique, la biodiversité, qui sont au cœur des grandes problématiques qui engagent l'avenir de nos sociétés.

Pourquoi une année " polaire " ?

Cette campagne servira à démontrer le rôle moteur que jouent les régions polaires vis-à-vis du reste de la planète. Les régions polaires sont reconnues comme jouant un rôle clef dans le système global de la planète " Terre ". Elles sont aujourd’hui le lieu de changements significatifs (climatiques, écologiques, humains…) Les évolutions au niveau des pôles sont amplifiées et présentent un caractère plus rapide qu’ailleurs. Elles renferment des archives (glaces) et des informations uniques de l’évolution du changement global. Elles sont également le lieu d’enjeux économiques et géopolitiques importants

L’API 2007-2008 sera un programme international d’activités scientifiques interdisciplinaires, de recherche et d’observations coordonnées sur une période de 24 mois. Le programme comportera des activités dans les régions polaires afin d’explorer de nouvelles frontières scientifiques, d’approfondir notre compréhension des processus polaires et de leurs liens à l’échelle planétaire, d’accroître notre capacité de déceler les changements, de faire participer plus pleinement les résidants de l’Arctique aux activités de recherches, d’attirer et de former la prochaine génération de scientifiques et de spécialistes des régions polaires, ainsi que de captiver l’intérêt du public.

On s’attend à ce que l’API 2007-2008 soit le plus important programme de recherches polaires de l’histoire. Évalué à plusieurs milliards de dollars, le programme vise la participation d’au moins 30, et peut-être même 50 pays, et de 20 000 personnes ou plus du monde entier. Il est parrainé à l’échelle internationale par le Conseil international pour la science et l’Organisation météorologique mondiale, et a été endossé par de nombreux organismes internationaux, notamment le Conseil de l’Arctique et le Programme des Nations Unies pour l’environnement.

Le Canada et l’API

Le Canada a fait activement la promotion de l’API à l’intérieur de ses frontières et sur la scène internationale et a fortement appuyé l’intégration, pour la première fois, de la dimension humaine comme point central de l’API. De nouveaux fonds s’élevant à 150 millions de dollars seront accordés pour la période de 2006-2007 à 2011-2012 afin de permettre au Canada de mener un programme interdisciplinaire innovateur pour l’API. Le programme mettra principalement l’accent sur les activités scientifiques et la recherche dans deux secteurs prioritaires : l’étude de l’incidence du changement climatique et de l’adaptation à ce changement, et la santé et le bien-être dans les collectivités nordiques.

Le programme mettra également l’accent sur la formation, la communication et la sensibilisation. Les collectivités du Nord seront activement engagées dans les activités scientifiques et la recherche, profitant ainsi de la formation sur le terrain. Les investissements dans l’éducation et la formation favoriseront la participation et la formation d’une nouvelle génération de scientifiques spécialisés dans les régions polaires, particulièrement des résidants du Nord et des Autochtones, qui mèneront des programmes de recherches nordiques prometteurs dans les décennies à venir.

 

Année internationale de la Planète Terre

C’est à l’initiative de l’Union internationale des sciences géologiques (UISG) - qui représente environ 250 000 géoscientifiques répartis dans 117 pays à travers le monde– que le projet d’une Année internationale de la Planète Terre a vu le jour. La Division des sciences de la terre de l’UNESCO y souscrit pleinement. L’objectif de cette Année, implicitement résumé dans son sous-titre « Les sciences de la terre au service de la société », est de faire prendre conscience de la relation entre le genre humain et la planète Terre, et de démontrer que les géoscientifiques ont un rôle clé à jouer dans la création d’un avenir équilibré et durable à la fois pour l’un et pour l’autre.

L’an 2006 a marqué officiellement le déroulement de l’Année. Cependant, le projet a démarré en 2005 et s’achèvera en 2007. Il a pour but de collecter 20 millions de dollars, ce qui en fait l’initiative la plus grande jamais lancée à ce jour. Le montant sera réparti équitablement entre le soutien à la recherche et le soutien à ce que l’on nomme « activités d’assistance spéciale aux communautés et aux entités sousdesservies », dans les domaines de l’éducation, des relations publiques et dans d’autres voies de communications de masse. Ceci, afin de porter le message principal de l’Année et les résultats de la recherche à la connaissance de milliards de personnes dans le monde entier.

Bien que les thèmes de recherche définissent un objectif clair pour l’Année, celle-ci fonctionnera de manière interactive, ajoutant des thèmes à la demande à partir de la recherche de base. Les huit thèmes (les nappes phréatiques, les risques naturels, la Terre et la santé, le climat (le changement climatique), les ressources naturelles, la Terre profonde, l’Océan et les mégalopoles) ont été sélectionnés pour leur impact sur la société. A cette liste, vient s’ajouter un neuvième thème sur les sols – qui reflète un problème crucial de plus auquel est confronté le genre humain.

Recherchant un moyen de démontrer par quelles voies uniques et passionnantes les sciences de la Terre peuvent aider les générations présentes et futures à relever le défi d'un monde plus sûr et plus prospère, l'Union internationale des sciences géologiques (UISG) a décidé de donner corps à l'idée d'une année internationale de la planète Terre. D'emblée, elle a voulu que cette année soit proclamée par l'Assemblée générale des Nations Unies, afin de susciter le maximum d'intérêt dans l'opinion publique et d'associer à son exécution toutes les entités du système des Nations Unies. L'Année internationale de la planète Terre, qui aurait pour thème "Les sciences de la Terre au service de la société", permettrait d'informer l'opinion publique, les dirigeants et autres décideurs et les médias de ce que l'on sait aujourd'hui sur la manière dont la société peut tirer de plus en plus parti, quantitativement et qualitativement, des compétences disponibles auprès des quelque 400.000 spécialistes des sciences de la Terre de toutes les régions du monde.

L'humanité a besoin de sa planète. Nous en sommes totalement tributaires parce que nous en sommes le produit, que nous en ferons à jamais partie et que nous ne pouvons exister que parce qu'un système terrestre qui s'auto-entretient nous le permet. La Terre est unique dans notre système solaire et également aussi loin que l'on puisse aller dans l'univers accessible et connu. Non seulement nous n'avons pas d'autre planète mais c'est aussi la seule planète vivante que nous connaissions, et nous n'en connaîtrons peut-être jamais d'autre.

Les scientifiques qui étudient la Terre ont déjà percé bon nombre de ses secrets, et beaucoup progressé dans la compréhension de son fonctionnement. De vastes étendues de l'écorce terrestre ont déjà été cartographiées et des masses considérables de géodonnées sont stockées dans des bases de données numériques où la société peut à tout moment trouver des informations sur le sous-sol. Nous savons où se trouvent les plus grandes réserves de ressources naturelles stockées dans l'écorce terrestre et nous savons pourquoi et où des tremblements de terre peuvent se produire. Nous pouvons reconstituer dans le détail les climats d'époques passées et nous savons où et quand les plaques tectoniques se sont déplacées, comment ces mouvements sont liés à l'apparition de chaînes montagneuses et comment ces montagnes ont subi l'érosion du temps. Nous pouvons prédire bon nombre - malheureusement pas l'intégralité - des risques naturels à partir d'exemples fossiles et de notre connaissance des processus terrestres.

Cela étant, cette abondante information n'est présentement pas exploitée comme il se doit à des fins de planification et de gestion, voire ne l'est pas du tout. Nous construisons là où il ne faut pas le faire, nous exploitons nos ressources selon des modes peu viables et ce n'est que ponctuellement que nous appliquons les connaissances récentes pour atténuer les effets catastrophiques d'aléas naturels tels que les tremblements de terre, les tsunamis, les éruptions volcaniques, les glissements de terrain ou les inondations. Si nous continuons à faire ainsi "comme si de rien n'était", la société continuera de souffrir, bien inutilement, par ignorance.

Il est donc grand temps d'essayer de faire quelque chose. Les spécialistes des sciences de la terre, partout dans le monde, sont prêts et disposés à aider la société à faire en sorte que nous puissions vivre sur une planète plus sûre, plus saine et plus riche pour tous. L'Année internationale de la planète Terre constitue une première mesure en direction de cet objectif.

Afin d'obtenir l'impact politique maximal, les organisateurs comptent proclamer l'Année internationale de la planète Terre par l'entremise du système des Nations Unies et visent l'année 2007 en tant qu'année de célébration. Toutefois, une seule année ne saurait suffire à mettre en œuvre le programme scientifique et promotionnel assez ambitieux établi à cet effet, qui nécessitera au moins trois années. Les organisateurs prévoient donc que les activités de l'Année démarrent en 2006, atteignent leur point culminant en 2007 et s'achèvent en 2008.

La proclamation d'une Année internationale de la planète Terre aura probablement des effets bénéfiques non seulement sur la recherche dans le domaine des sciences du "système Terre" mais également pour l'ensemble de la société, ainsi que pour les dirigeants et les décideurs qui s'occupent du développement socioéconomique durable.

Michel Fortin, M.Afr.


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